-
La recherche neurologique montre très clairement que le cortex préfrontal des jeunes est en développement jusqu'à l'âge de 25 ans. Le cortex préfrontal est notre cerveau pensant ; c'est le filtre dont nous disposons en tant qu'adultes et qui nous dit : "ce que je veux n'est pas approprié, même si c'est plus amusant ou plus facile, je ne vais donc pas le faire". Un exemple : "j'ai envie d'un paquet entier de chips mais je ne vais en prendre que quelques-unes parce que les chips ne sont pas bonnes pour la santé" ou encore : "je sais qu'il est dangereux de sauter de ce mur élevé, alors je vais prendre le chemin plus long pour le contourner". Chez les enfants et les ados, ce filtre est encore en cours de développement, de sorte qu'ils ne peuvent souvent pas contrôler leurs impulsions - leur cerveau réflexe.
C'est pourquoi les enfants de moins de 18 ans n'ont pas le droit de conduire, que nous ne leur vendons pas d'alcool ou de tabac dans les magasins, que nous ne les laissons pas voter, que nous n'encourageons pas les relations sexuelles à un jeune âge. C'est aussi la raison pour laquelle de plus en plus de scientifiques dans le monde affirment que les moins de 16 ans sont trop jeunes pour s'aventurer sur les réseaux sociaux.
Cela signifie-t-il que nous ne devons pas du tout parler du numérique avec eux ? Bien sûr que non. Vous donnez une éducation sexuelle à votre enfant de 12 ans sans lui dire « et maintenant, va essayer toi-même ». Vous leur parlez des dangers et de la tentation de l'alcool sans donner un verre de bière à votre enfant de 14 ans. Vous pouvez donc parfaitement leur donner une éducation numérique sans qu'ils aient besoin d'un smartphone et d'un compte sur les réseaux sociaux à l'âge de 10 ans.
Voilà pourquoi nous souhaitons également nuancer le débat sur l'âge. Une société réfléchit généralement à ce qu'elle considère comme étant approprié pour tel ou tel groupe d'âge en fonction des capacités de l'enfant à cet âge. Chez KidsUnplugged, nous préconisons, sur la base de recherches scientifiques :
Jusqu'à 14 ans : éducation à l'utilisation des médias et aux compétences numériques, par exemple en apprenant à programmer et à faire des présentations, sans smartphone ni compte sur les réseaux sociaux. Si vous souhaitez que votre enfant reste joignable, un téléphone basique non-connecté permettant d'appeler et d'envoyer des SMS suffit amplement.
À partir de 14 ans : si vous le jugez nécessaire en tant que parent, vous pouvez confier un smartphone à votre enfant, sans accès aux réseaux sociaux et avec un contrôle parental strict. Discutez avec lui des réseaux sociaux, ouvrez éventuellement un compte familial sur l'ordinateur familial pour les découvrir ensemble.
À partir de 16 ans : introduire pas à pas les réseaux sociaux sur son propre smartphone.
-
Toutes les études sur les effets néfastes pointent vers les réseaux sociaux. Mais c'est le smartphone qui permet un accès permanent aux réseaux sociaux et qui est responsable de leur omniprésence chez les jeunes. C'est pourquoi les deux termes sont parfois utilisés de manière interchangeable.
Jonathan Haidt, le psychologue qui a étudié la question de très près, recommande de ne pas donner de smartphone aux jeunes avant l'âge de 14 ans, afin qu'ils ne soient pas connectés en permanence au monde entier (y compris aux réseaux sociaux), et de ne leur donner progressivement accès aux réseaux sociaux que plus tard, à partir de l'âge de 16 ans. Si vous souhaitez que votre enfant plus jeune soit joignable, un téléphone basique non-connecté pour passer des appels et envoyer des SMS suffit.
-
En Belgique, l’interdiction des smartphones à l’école est entrée en vigueur en septembre 2025.
KidsUnplugged a salué l'interdiction des smartphones dans les écoles primaires et secondaires belges comme une mesure d’importance qui n'arrive pas trop tôt. L'interdiction des smartphones à l'école offre aux jeunes la possibilité de mieux se concentrer, ce qui bénéficiera sans aucun doute à leurs performances scolaires, à leur développement social, à leur créativité et à leur bien-être général. Moins de "cerveau émietté", plus de concentration.
Pourtant, l'utilisation des smartphones ne s'arrête pas à la porte de l'école. Les ados passent en moyenne 29 heures par semaine sur leur smartphone, soit plus qu'un emploi à temps partiel. Ils sont sur leurs smartphones la plupart du temps passé à la maison et pendant leur temps libre.
Notre mission reste donc inchangée : même en dehors de l'école, les smartphones continuent de constituer un risque à tout le moins pour les enfants de moins de 14 ans. Les pactes signés entre parents peuvent jouer un rôle crucial à l'heure de fixer des limites ensemble et de réduire la pression exercée par les pairs. Ainsi, collectivement, nous pouvons plus facilement dire "non" et mieux protéger nos enfants.
-
Aujourd'hui, les smartphones font partie intégrante de notre société. Ils n'apportent pas que des inconvénients, ils sont aussi très pratiques. "En fin de compte, tout le monde doit apprendre à s'en servir", dit-on souvent. Mais pourquoi devrions-nous commencer si tôt ?
Nous savons que les smartphones créent une dépendance et que les entreprises mettent tout en oeuvre pour que vous restiez scotché.e.s sur leurs applications le plus longtemps possible. Une armée d'expert.e.s comportementalistes conçoivent les applications de manière à ce que votre cerveau produise constamment de la dopamine en les consommant. La dopamine est une substance qui vous rend brièvement heureux, mais vous en voulez toujours plus - elle crée une dépendance. Les effets de la dopamine sont puissants. Consultez ce site qui explique en détail le fonctionnement de la dopamine dans le centre de récompense qui se trouve dans votre cerveau. Vous pouvez également vous poser l'une des questions ci-dessous :
Pourquoi exposer volontairement votre enfant à cela si vous pouvez encore attendre ? Vous ne donnez pas à votre enfant une gorgée de vin tous les jours pour qu'il soit prêt à gérer l'alcool plus tard, n'est-ce pas ?
-
C'est tout à fait logique ! À partir de l'école secondaire, les enfants vont souvent seuls à l'école. Vous voulez qu'ils se sentent en sécurité et qu'ils puissent vous joindre en cas de besoin. Mais vous n'avez pas besoin d'un smartphone pour cela : un appareil équipé d'une carte SIM sans connection internet peut parfaitement remplir cette fonction. Ainsi, vous ne devez pas immédiatement confronter votre enfant à tous les dangers que recèle le smartphone.
Voir les autres options dans la rubrique alternatives.
-
Vous voulez que votre enfant soit autonome et qu'il apprenne à planifier - super ! Mais cela peut aussi se faire sur un ordinateur ou un portable à la maison. Votre enfant n'a pas besoin de smartphone pour gérer ses activités. Toutes les applications d'organisation ont une version pour ordi. Utilisez-les plutôt qu'un smartphone, dont vous perdrez rapidement le contrôle.
-
Voici un argument effarant avancé récemment dans un article sur l'interdiction des smartphones en Australie. Les smartphones n'existent que depuis un peu plus d'une décennie. Les enfants et les jeunes sont parfaitement capables de passer du temps sans smartphone, comme ils le font depuis des centaines d'années. Nous laissons la parole à un directeur d'école :
"Il y a quelques années, le conseil des élèves a demandé un assouplissement : le smartphone pourrait-il également être autorisé dans la cour de récréation ? Nous avons discuté et nous avons accepté. Nos terrains de basket ont soudain été désertés. Les élèves se tenaient en groupes et tapotaient sur leurs écrans, la tête baissée. Ils disaient d'eux-mêmes qu'ils étaient en "Zombieland". Étrange mais vrai : quelques mois plus tard, le conseil des élèves a de nouveau frappé à notre porte. Il nous a demandé de revenir sur notre décision, car ils voulaient revenir à ce qu'ils faisaient avant. Les terrains de basket ont repris vie".
Le smartphone est souvent utilisé pour faire taire les enfants pendant qu'un parent solo doit cuisiner, travailler ou s'occuper d'autres choses. Nous ne voulons certainement pas critiquer cela ; les parents ont déjà la lourde tâche de devoir jongler avec plusieurs balles en même temps. Néanmoins, des programmes télévisés ou des vrais films restent une bien meilleure alternative que de faire défiler sans réfléchir des clips de moins d'une minute, qui peuvent nuire au cerveau des enfants. La télévision et les films offrent un scénario clair, encouragent à regarder l'histoire jusqu'au bout plutôt que de zapper et cliquer en permanence, et ils contribuent à développer l'empathie émotionnelle. Cela n'est absolument pas comparable à l'utilisation d'un smartphone.
Enfin, l'ennui est important et il est bon pour le développement ! Lorsque votre enfant s'ennuie, il stimule son imagination et sa créativité. Le simple fait de regarder autour de soi et d'observer le monde incite le cerveau de votre enfant à penser différemment. C'est précisément pour cette raison qu'il est bon de lui interdire l'accès à internet et à la télévision de temps en temps.
-
Même quand les enfants n'ont pas de smartphone à eux, certains parents leur confient parfois leur téléphone, par exemple pour jouer à un jeu au restaurant, dans la voiture, dans le bus ou à la maison. Il peut s'agir d'une exception, mais il est toujours préférable de ne pas le faire du tout. Consultez les conseils sur le temps d'écran (qui ne s'appliquent pas qu'aux smartphones) par tranche d'âge.
Si vous prêtez votre smartphone à votre enfant, limitez strictement ce que votre enfant peut voir et faire. Par exemple, ne lui donnez pas un accès illimité à YouTube. Ne laissez pas non plus votre enfant installer n'importe quel jeu et vérifiez toujours l'âge PEGI (guidance parentale) du jeu en question. Soyez prudent, car il peut y avoir des différences entre les pays.
Il est également important d'établir des règles claires sur l’utilisation des écrans à certains moments de la journée (par exemple, pendant les repas, en suivant ces conseils).
En donnant un smartphone à votre enfant, vous le privez de nombreuses possibilités d'apprentissage et d'interactions sociales précieuses dans le "monde réel". Limitez les smartphones autant que possible.
-
Il est très peu probable que votre enfant n'utilise son smartphone que pour discuter avec ses ami.e.s, mais même si c'est le cas, cela peut rapidement devenir problématique. Les ados sont très préoccupés par l'image qu'ils ont d'eux-mêmes et par ce que les autres pensent d'eux.
Le smartphone, et même les applications a priori inoffensives, provoquent un flux constant d'émotions : effet dopamine lors d'un "like" ou peur de l'échec lorsque leur message ou leur photo reçoit moins de réactions que la photo de quelqu'un d'autre. Les parents d'ados connaissent la fréquence des notifications ("ping !") sur leur smartphone. Et ils constatent la pression que crée chez leur ado le besoin (apparent) de répondre tout de suite. En ligne, on crée des groupes dont certains enfants sont exclus, ce qui accroît encore le stress. Le nombre de cas de harcèlement en ligne est d'ailleurs très inquiétant.
De nos jours, être ado n'est vraiment pas facile. Ce n'est donc pas sans raison que Jonathan Haidt parle d'un trouble de l'anxiété chez toute cette génération 'Génération anxieuse'.
-
Hélas non : dès que votre enfant atteint l'âge de 13 ans, il ou elle (sur un téléphone Android) reçoit une notification de Google. À partir de ce moment-là, votre enfant peut choisir de bénéficier ou non du contrôle parental. En effet, les entreprises ne sont pas autorisées à collecter des données sur les enfants avant l'âge de 13 ans à l'insu des parents. Après cet âge, vous n'avez plus de contrôle sur le temps passé devant l'écran, ni sur les applications consultées.
Et en ce qui concerne les comptes de réseaux sociaux, la législation belge exige que les enfants aient au moins 13 ans pour créer un compte sans l'accord de leurs parents. Dans la pratique, cependant, ils sont très nombreux à ouvrir des comptes beaucoup plus tôt.
-
Vous avez déjà promis un smartphone à votre enfant lorsqu'il atteindra l'âge de 12 ans, mais voilà que vous entendez parler de KidsUnplugged.be.
Pas de panique : nous avons élaboré une feuille de route qui vous permettra de rendre ce smartphone aussi "bête" que possible, afin que vous puissiez toujours protéger votre enfant : Du SmartPhone au StartPhone. -
Absolument, mais nous devons faire une distinction claire entre les deux sujets : d'une part, les compétences numériques telles que l'apprentissage de la programmation, la réflexion informatique et la résolution de problèmes, la réalisation de présentations, et d'autre part, détenir son propre smartphone et son propre compte sur les réseaux sociaux. Nous devons absolument miser sur les compétences numériques. Par contre, les smartphones ne sont pas du tout nécessaires et empêchent même les enfants et les jeunes d'apprendre. Une enquête menée auprès d'étudiant.e.s montrent que les personnes qui déclarent être fréquemment distraites par leur smartphone ou leur ordinateur pendant qu'elles font leurs devoirs obtiennent des résultats plus faibles en capacités de résolution de problèmes.
-
C'est une question valable. Nous nous sommes tou.te.s engagé.e.s dans cette voie sans nous poser la question de savoir si nous voulons de ces écrans et comment nous voulons nous organiser, en tant que société. Avec KidsUnplugged, nous voulons surtout protéger le groupe le plus vulnérable, nos enfants, mais nous sommes absolument convaincus qu'en tant qu'adultes, nous devons aussi remettre en question notre propre comportement face aux écrans. Peut-être qu'éteindre le smartphone pour vos enfants est le meilleur moyen de prendre de bonnes résolutions pour vous-mêmes ;)