Le problème

Il y a une dizaine d'années, alors que les enfants recevaient leur premier smartphone, aucune étude n'avait été menée sur l'impact de ces appareils. Aujourd'hui, ces études existent, et elles sont accablantes. Lorsqu'on expose les enfants à des sujets et des fonctionnements pour lesquels leur cerveau n'est pas encore suffisamment développé, on les expose à une multitude de problèmes.

Lorsque nous donnons à nos enfants accès au monde entier dans leur manteau, nous donnons au monde entier accès à nos enfants.

Quel est le problème des smartphones chez nos enfants ?

  • Addiction

    Les entreprises technologiques à l'origine des smartphones et des applications investissent des milliards pour rendre leurs produits aussi addictifs que possible. Ces applications sont conçues pour retenir en permanence l'attention des jeunes en provoquant la sécrétion de shots (petites doses) de dopamine -  un mécanisme qui affecte leur cerveau de manière très similaire à la dépendance au jeu et à la drogue. Les résultats sont alarmants : un adolescent sur 5 déclare regarder YouTube presque en permanence.

  • Problèmes de santé mentale

    Il existe un lien incontestable entre la consommation des réseaux sociaux et l'augmentation de l'anxiété et de la dépression, en particulier chez les filles. Chez les garçons, ce sont les problèmes de comportement et de dépendance qui prévalent. La crainte que les smartphones ne soient à l'origine de troubles psychologiques a été corroborée par de nombreuses recherches qui font état d'une corrélation entre l'utilisation des smartphones et la détérioration de la santé mentale chez les ados. Voir la rubrique "Recherche" ci-dessous.

  • Capacité d'apprentissage amoindrie

    Les stimuli constants du smartphone tels que les notifications provoquent de nombreuses perturbations qui agissent directement sur la concentration et la capacité d'attention.

    Les enfants qui passent beaucoup de temps sur leur smartphone ont des difficulté à rester concentrés, ce qui affecte leur capacité d’apprentissage.

  • Contenus nocifs

    Un smartphone est un portail grand ouvert sur le monde numérique, y compris sur son côté obscur. Les enfants sont confrontés à des contenus inappropriés tels que la pornographie, le harcèlement et la cybercriminalité. Internet offre une quantité visiblement infinie d’informations nuisibles. Bien que de nombreux parents utilisent des filtres et des contrôles, il reste difficile de protéger les enfants de ces risques.

  • Compétences sociales amoindries

    L'enfance est une période d'exploration, d'apprentissage et de jeu. Mais lorsque les enfants passent des heures sur un smartphone, ils passent à côté d’expériences précieuses qui sont essentielles à leur développement émotionnel, intellectuel et social. L’interaction dans la vraie vie avec leurs pairs, les jeux en plein air et le développement de la conscience sociale sont délaissés. En vivant dans le monde numérique, ils passent à côté du monde réel qui les entoure.

Vous voulez en savoir plus ?

Un grand nombre d'ouvrages ont déjà été écrits sur le sujet. Nous dressons ici une liste (évidemment incomplète) des études, livres et supports médiatiques les plus importants.

NOTE: SECTION MISE À JOUR REGULIEREMENT

  • Études faisant état des impacts délétères

    La liste des études et des publications scientifiques sur ce sujet est longue. C'est pourquoi nous renvoyons à quelques sources qui reprennent, compilent ou synthétisent ces recherches.

    Les preuves sont-elles suffisantes ?

    Certain.e.s scientifiques affirment que la science ne démontre pas sans équivoque que les réseaux sociaux affectent négativement les enfants, et que de nombreuses préoccupations autres sont à l'origine de la baisse de leur bien-être. Il serait donc prématuré d'intervenir.

    Mais beaucoup d'autres chercheurs et chercheuses soutiennent qu'il y a suffisamment de circonstances aggravantes pour que l'on s'en préoccupe et que l'on applique le principe de précaution pour nos enfants. Ne devrions-nous pas également renverser la charge de la preuve ? Est-il suffisamment prouvé que les réseaux sociaux sont sans danger pour les enfants ?

    Lire aussi:


    Qu'est-ce que le principe de précaution ?

    Il est important d'appliquer le principe de précaution lorsqu'il s'agit de mineurs. Ce principe veut que le simple fait que l'utilisation des plateformes puisse causer des dommages aux mineurs constitue une justification suffisante pour prendre des mesures visant à prévenir ou à limiter ces dommages.

  • Sur l’impact des smartphones et des réseaux sociaux sur les enfants et les jeunes:

    • Génération anxieuse . Jonathan Haidt.
      Le psychologue social Jonathan Haidt démontre que l'essor des smartphones et des réseaux sociaux a entraîné une augmentation considérable du nombre de troubles mentaux chez les adolescents et les jeunes, tels que les troubles anxieux, la dépression et l'automutilation. Cet ouvrage appelle à une action collective et décrit les mesures concrètes que les parents, les enseignants, les établissements scolaires, les entreprises technologiques et les pouvoirs publics peuvent prendre pour mettre fin à cette épidémie. 

    • Génération Internet. Jean Twenge.
      Comment les écrans rendent nos ados immatures et déprimés.

    • Hold on to your kids (ENG). Retrouver son rôle de parent (FR - épuisé)).Gordon Neufeld et Gabor Maté.
      Pour beaucoup d’entre nous, la parentalité est de moins en moins évidente. Les enfants semblent également moins s’inspirer des adultes, et ils montrent moins d'admiration pour leurs parents et éducateurs. Souvent, ce sont les pairs qui occupent la plus grande place dans leur vie. Ils sont la nouvelle référence pour nos enfants, influençant leur comportement, leur identité, leurs normes et leurs valeurs. Cette tendance est renforcée par les réseaux sociaux, omniprésents. Les enfants sont perturbés et la proximité de la famille est compromise. Dans ce livre, Neufeld explique comment cette nouvelle orientation aux autres jeunes érode le rôle naturel de des parents et éducateurs dont les enfants ont pourtant besoin pour apprendre et grandir. Il explique comment gérer les situations difficiles et comment renforcer ou restaurer la relation avec ses enfants. Un enfant doit pourvoir faire confiance à ses parents et s'appuyer sur eux jusqu'à ce qu'il soit suffisamment formé. Les parents doivent savoir comment gagner cette confiance.

    Sur le fonctionnement de notre cerveau, les raisons pour lesquelles nous avons du mal à rester concentrés et l’impact des écrans :

    • Free the anxious generation. Les nouvelles recherches et réflexions du psychologue social Jonathan Haidt sur son Substack.

    • Le Centre for Humane Technology, Le Centre for Humane Technology, une organisation qui lutte contre l’addiction massive aux smartphones, à la technologie et aux réseaux sociaux, propose de nombreux conseils utiles pour réduire le pouvoir addictif de votre smartphone.

    • Recommandations de la commission d'experts en France, avril 2024.

      Une Commission consituée d’experts et de scientifiques français a formulé des recommandations ambitieuses concernant l'utilisation des réseaux sociaux par les enfants. En substance, les enfants devraient passer beaucoup moins de temps devant leurs écrans et ne commencer à utiliser les réseaux sociaux qu'à un âge plus avancé. Le rapport a été remis au président Macron. Ce dernier avait lui-même sollicité cet avis afin de « donner des repères » aux parents.


      Résumé succinct :

      • Pas de réseaux sociaux pour les enfants de moins de 15 ans, pas de smartphone avant 13 ans, pas de téléphone portable avant 11 ans, pas d'écrans sans surveillance parentale avant 6 ans, pas d'écrans du tout avant 3 ans, et à partir de 15 ans, accès uniquement à des réseaux sociaux dits « éthiques ». 

    • Resolution du Parlement européen du 12 décembre 2023 sur la conception addictive des services en ligne et la protection des consommateurs sur le marché unique de l’UE. 

    • The Digital Fairness Act. Initiative législative européenne visant à lutter contre les techniques et pratiques commerciales iniques liées aux « dark patterns », au marketing d’influenceurs sur les réseaux sociaux, à la conception addictive des produits numériques et au profilage en ligne, en particulier lorsque les vulnérabilités des consommateurs sont exploitées à des fins commerciales.

    • Each year you delay giving a phone is a big win’: Mesures prises dans d’autres pays

    • Le rapport mondial de suivi de l’éducation de l’UNESCO (2023) (résumé) porte sur la technologie et l'éducation, et examine les défis éducatifs auxquels une utilisation appropriée de la technologie peut apporter des solutions (accès, égalité et inclusion ; qualité ; progrès technologique ; gestion des systèmes), tout en reconnaissant que bon nombre des solutions proposées peuvent également avoir des effets néfastes. Il existe peu de preuves solides concernant la valeur ajoutée de la technologie numérique dans l'éducation. Une grande partie des preuves provient de ceux qui tentent de la vendre.

    • Les « Facebook Papers », une série de documents divulgués par la lanceuse d'alerte Frances Haugen, regorgent également de révélations. L'entreprise (Meta) était pleinement consciente de son rôle dans la diffusion de fausses informations et contenus. Facebook/Meta était au courant de l’impact négatif sur la santé mentale des ados qu’avait l’utilisation d’Instagram (qui appartient à Meta). L'entreprise savait aussi qu'elle contribuait à attiser la violence dans les pays en développement. 

    • Cybercriminalité

      • Un enfant sur cinq se livre à des activités illégales en ligne. L'Agence nationale contre la criminalité britannique (National Crime Agency) appelle les parents et les enseignants à aider les jeunes à comprendre les implications de leur comportement en ligne, soulignant ainsi ses inquiétudes face à la montée de la cybercriminalité.

      • Europol constate un nombre inquiétant de recrutement d’enfants en ligne à des fins criminelles